16/07/2008

Petites visites touristiques

Bonjour à tous,

Le Cap Nord me paraît déjà si loin !

Samedi – Nous sommes partis, ensemble avec mes parents, en direction de Hammerfest. Hammerfest est la ville la plus septentrionale au monde et compte plus de 9000 habitants. Grâce à une météo clémente, nous pouvons tranquillement nous promener dans la ville et profiter à fond d’un merveilleux point de vue que nous offre l’un des versants sur lequel repose en contrebas Hammerfest. De ce point de vue, nous apprécions la ville et son fjord tout en sirotant une délicieuse bière norvégienne sur la terrasse d’un café restaurant. Ce magnifique café présente la particularité, en plus de la vue, d’avoir un toit tout en gazon. Outre un aspect esthétique charmant, ce toit offre des qualités isolantes tout en respectant la mouvance écologique. Non loin de là, le propriétaire d’un autre restaurant a complètement recouvert son établissement d’herbe, y compris les parois. Résultat du plus bel effet !
En soirée, nous avons saisi l’opportunité d’avoir un ciel relativement dégagé pour assister au soleil de minuit. Celui-ci présente la particularité d’être haut perché sur l’horizon et d’être plein nord. Il devient magique lorsqu’il est admiré dans un cadre aussi somptueux que les fjords norvégiens. A minuit le soleil rebondit au dessus de l’horizon pour commencer son ascension.      

Dimanche – Aujourd’hui, je remets le pied à l’étrier. Mes parents me déposent là où nous avions planté la tente avec José dans la nuit de mercredi, Olderfjord. Ce petit coup de pouce m’a permis de ne pas avoir à refaire deux fois le même trajet. L’objectif de la journée est d’atteindre Lakselv 63 km plus loin. Cette étape était prévue dans mon itinéraire d’origine et je devais ensuite continuer sur Ivalo en passant par Karasjok. Cependant, comme je vous l’ai précisé auparavant, j’ai quelque peu changé mon itinéraire et je me dirige désormais vers Kirkenes, à la même hauteur que Lakselv mais plus à l’est. Ce changement rajoute quelques kilomètres et il me permet surtout d’intégrer la venue de mes parents ainsi que quelques lieux touristiques intéressants. A vélo et maintenant en voiture, j’essaie de prendre en considération les conseils qui me sont prodigués par mes rencontres afin de faire évoluer mon parcours et de profiter pleinement de mon aventure.
Pour ce qui est de mon étape d’aujourd’hui, je bénéficie d’un relief facile, d’un soleil magnifique et de l’absence de ma remorque. Dans des conditions pareilles je réalise un temps record et boucle l’étape en 4 heures. Même pas fatigué…

Lundi – Fête nationale et là où nous sommes il n’y a pas de nuit donc aucune chance de voir un feu d’artifice.
Après avoir pris une route en mauvais état pendant 123 kilomètres avec des paysages moyens, nous bifurquons vers le nord. La route change et s’améliore. Nous côtoyons de nouveau des paysages désertiques, il arrive même que le paysage soit « lunaire » avec de la roche à perte de vue. Très spécial !
Enfin, nous arrivons à Menhamn puis Gamvik. Originalité de la pointe de terre où nous nous trouvons ? Il s’agit tout bonnement du point le plus au nord du continent européen. En effet le Cap Nord étant situé sur une île, il n’est pas considéré comme le point le plus au nord du continent !
A Gamvik, plus précisément à Slettnes, se trouve le phare le plus septentrional de l’Europe. Nous avons de la chance qu’il n’y ait pas trop de monde et pouvons donc tranquillement discuter avec le chef des lieux. Le phare a été bâti en 1905 et même si aujourd’hui il est entièrement automatisé, il est difficile d’imaginer le rythme de vie du gardien de phare à l’époque. Ici la température moyenne en hivers est de –10°, la mer n’est pas prise dans les glaces et en décembre il fait nuit toute la journée. A cela, viennent se rajouter de violentes tempêtes. Mais les aurores boréales et le luminosité particulière de l’hivers en font quand même, selon lui, un endroit merveilleux.

12/07/2008

Waouh...

Bonjour à tous,

C'est long mais ce sont sans dout les jours les plus importants depuis le départ...

Mercredi – Aujourd’hui, le soleil manque une nouvelle fois à l’appel. Nous partons d’Olderfjord avec José avec pour objectif d’atteindre Honningsvag, village qui se situe sur l’île du Cap Nord et qui représente une étape de 98 km. La route longe le fjord et offre à quelques reprises des panoramas fantastiques d’autant plus que nous avons de la chance car le trafic est relativement faible. Pour cette étape il nous faut traverser 4 tunnels et voici le premier qui fait son apparition. Selon un motard, rencontré la veille c’est le pire car il est très humide et très sombre. Nous entrons donc dans l’entre de la montagne avec une certaine appréhension. Nous nous sommes très mal préparés et je suis donc le seul avec des lampes. Ma lumière de devant par son clignotement montre notre présence aux cars chargés de touristes qui arrivent en contresens. Ma lampe de derrière est cachée par ma remorque et ne sert donc à rien. La chaussée est effectivement très humide, ainsi que l’air d’ailleurs ; il ne fait pas chaud dans ce tunnel. On entend l’eau ruisselé sur les parois et parfois une goutte d’eau glacial nous tombe sur le casque ou pis encore, dans le col de la combinaison… Ce tunnel est pour moi une grande première et chaque fois qu’un véhicule approche, c’est dans un vacarme assourdissant que nous continuons de pédaler et que nous faisons une pause dans nos discussions. Ca y est ! On en voit le bout et la lumière du jour nous éblouit, et ce, bien que le soleil ne soit pas présent. Cette première expérience était longue de 3 km et ma foie, fort intéressante, je suis impatient de recommencer… Il est maintenant 13h00 et nous avons très faim, un cyclotouriste s’est une nouvelle fois rapproché de nous sans bruit et me fait sursauter lorsqu’il s’annonce. Nous lui proposons de déjeuner avec nous. Il s’appelle Roberto, est italien, est parti de Venise il y a 19 jours et pédale plus de 200 km/ jour. Pour nous, et surtout pour moi, c’est extraordinaire, ce sont des distances journalières que je ne pense pas atteindre un jour. Roberto prépare en 5 minutes un plat de spaghetti au pesto alors que je me satisfais de mon menu quotidien. A la fin de notre déjeuner, un nouveau belge s’arrête à notre hauteur. Il compte s’arrêter avant le tunnel mais nous le convainquons de se joindre à nous pour la traverser du tunnel. Nous laissons Roberto repartir et je continue ma route encadré de deux belges José et Jos. Au vue du nombre de kilomètre, nous devrions nous rapprocher du tunnel et après chaque virage je scrute l’horizon pour voir si nous nous en approchons. Au lieu de ça c’ est une descente qui se termine par une montée très raide et suffisamment longue pour me fatiguer. Je crois arriver au sommet alors qu’en réalité, il faut encore pédaler sur quelques centaines de mètres avant que l’inclinaison ne s’inverse pour offrir une véritable et belle descente qui nous rapproche du tunnel. Dans la descente nous retrouvons deux hollandais que j’avais croisé un peu plus tôt dans la matinée. Ce tunnel sous la mer va nous permettre de passer sur l’île du Cap Nord. Nous sommes donc maintenant 5 à l’entrée du tunnel à installer nos lampes et à bien nous couvrir. Le tunnel est d’une longueur de 7 kilomètres dont la moitié est en descente et l’autre en montée. Le coefficient est en moyenne de 9%. Depuis le début de la journée j’appréhende beaucoup ce tunnel car je ne l’avais pas du tout planifié dans mon voyage. Je souhaitais trouver une alternative, un bateau de pêcheur, un ferry ou faire du stop. Mais le fait d’être accompagné m’a décidé à le traverser. Voilà donc que nous pénétrons dans ce trou sombre et la descente commence immédiatement de façon très abrupte, il y a peu de véhicule et nous sommes tous excités de pouvoir nous laisser aller. Nous dévalons à plus de 50km/h et arrivons petit à petit vers le bas, à peu près 212 mètres sous la mer. Je profite de ma vitesse pour commencer à gravir la côte. Ca me semble plutôt facile et je peux continuer de pédaler aisément. Il semblerait que comme dans la descente le coefficient de la pente augmente peu à peu. Maintenant, je force. Alors que les 2 hollandais et le belges continuent d’avancer, José reste avec moi et je fais désormais du 3 km /h. A chaque borne de secours s’affiche le nombre fatidique exprimant les mètres restants : 2870 mètres. Comment vais-je faire ? Je sue à grosse goutte, je pédale maintenant en T-shirt et mes muscles hurlent à l’agonie à chaque poussée. Un courant électrique me traverse les avant-bras à chaque poussée un peu trop forte. Je respire fort et remplie mes poumons au maximum à chaque fois que c’est possible. J’essaye de faciliter mes efforts avec une respiration adaptée mais c’est dur. L’inconfort du tunnel se rajoute à cette souffrance physique. Je n’ai pas le choix, je suis obligé de continuer, pas de demi-tour possible. Chaque grondement signifie l’arrivée d’une voiture où d’un car mais dans quelle direction, d’où vient-il ? Mes bras sont en feu et les muscles qui courent dans mon dos fonctionnent à pleine puissance. José m’encourage : « Yves, tu es en train de faire le tunnel sans aide, on ne pourra pas t’enlever ça ! ». Une lueur d’espoir apparaît quand José me signale que le coefficient semble diminuer. Malheureusement, je suis tellement épuisé que je ne note même pas la différence. En revanche, je sens qu’on se rapproche. Ca y est, je vois la lumière du jour et c’est maintenant plat. Une courte descente s’amorce en direction du péage mais les vélos n’ont pas besoin de payer ! Nos 3 comparses ne nous ont pas attendu et doivent déjà être loin. Une courte pause de quelques minutes et nous repartons car il est déjà 17h30 et nous devons nous dépêcher. Mais je ne peux pas, mon corps est vide de toute force, j’ai du mal à avancer, même sur le plat… Soudain, je paie une erreur que je viens de commettre. Je me sens pris de vertige, je manque de sucre et il faut que je m’arrête tout de suite pour manger quelque chose et reprendre un peu de forces, suffisamment pour clôturer la journée. On fini à 20h00, monte la tente, prend une douche et dîne. Ce soir on dort à 5 km après Honningsvag au pied d’une côte à 9%.

Jeudi – Ce matin nous revoyons les deux hollandais qui avaient traversé le tunnel avec nous, la veille, ils sont arrivés une heure avant nous, en revanche nous avons perdu la trace du belge.
Dans la cuisine, pendant notre petit déjeuner, la discussion tourne autour du Cap Nord, du relief et du climat. Il y a une ambiance excitante dans l’air, une impatiente non dissimulée et une appréhension pour ma part.
Le Cap Nord, ça se paie ! Moi qui croyais avoir fait le plus dur en traversant le tunnel…
La côte de 9%, au pied de laquelle nous avons dormi, nous est servi en guise deuxième petit déjeuner. Pour compliquer le tout il y a un vent à décorner les bœufs qui souffle contre nous, accompagné d’un ciel plus que nuageux. Le seul réconfort du matin est que j’ai un nouvel accompagnateur. A José et moi vient maintenant se rajouter Daniel. Daniel est autrichien, maçon et il a quitté Vienne le 2 juin. Nous affrontons donc tous les trois cette route qui nous mènera vers ce que nous attendons tant.
Nous avons toutefois laissé un maximum d’affaires au camping, pour partir léger. Il n’y a qu’une seule route qui mène au Cap Nord, nous sommes dans l’obligation de revenir ici ce soir. Même léger, j’ai ma remorque avec mon fauteuil roulant et j’en ai donc pour plus de 15 kg.
Après 3 km de montée, de souffrance et d’acharnement, nous avons une vue imprenable sur les montagnes rocheuses norvégiennes. Il n’y a pas un seul arbre, juste de l’herbe, de la neige et de petits lacs. Même si le coefficient est moins important, ça grimpe toujours, le vent persiste, il y a un épais brouillard et il fait un froid de canard. Nous entamons une descente mais nous savons pertinemment qu’une deuxième côte nous attend, quelque part, plus loin, dans ces montagnes…
Chaque descente est prétexte pour Daniel et moi de battre notre record de vitesse. Le sien sera de 75km/h alors que le mien de 64km/h. Jeu d’enfant avec les pensées d’un « adulte ». C’est pas rassurant… Que se passe-t-il, si… ? Mais heureusement tout se passe bien.
Juste avant la deuxième côte nous sommes rafraîchis par un très léger crachin qui, plus que nous mouiller, nous glace le sang.
Avec l’absence de végétation, je peux voir la route qui monte loin et qui se perd dans un virage. Qu’y a-t-il après ce virage ?… La côte qui continue ! Même si le vent n’est plus là, je sens les restes d’hier qui me crispent les muscles. C’est dur, très dur ! José est toujours avec moi, Daniel aussi. Parfois, il part en éclaireur, pour nous décrire l’état du relief après le prochain virage. Les nouvelles ne sont souvent pas bonnes et nous continuons de grimper. C’est simple, le camping est au niveau de la mer et le Cap Nord est à 300 m d’altitude ! Il faut donc grimper !
Il semblerait maintenant que le relief se calme et au vue de nos compteurs nous ne devrions pas être trop loin… C’est quand vous croyez être arrivé que tout se corse, nous a-t-on averti ce matin! Effectivement, voilà une nouvelle côte qui se profile. C’est d’une part, difficile physiquement mais mentalement je commence aussi a être usé.
Enfin, nous arrivons au sommet et le ciel se dégage. Le soleil peut enfin venir nous réchauffer le visage. C’est merveilleux, nous pouvons deviner au loin le Cap Nord. Seul un grand plateau nous sépare. Tout autour de nous la mer bleu et un ciel de la même couleur avec des falaises vertigineuses. Le spectacle est grandiose. Nous arrivons au bout du plateau et pouvons apercevoir l’entrée sur le site. Une phrase résonne alors dans ma tête : « C’est quand vous croyez être arrivé que tout se corse ». Il nous reste un ultime creux à franchir et c’est donc à bout de souffle, accompagné de José et Daniel, que j’arrive à l’entrée. Le Cap Nord est gratuit pour les gens qui viennent de loin, en vélo, sinon c’est 200 NOK par personne. Nous pédalons jusqu’au café où nous prévoyons de manger un bout car j’ai fortement puisé dans mes réserves pour faire les derniers efforts. Mais avant tout, nous profitons vite du soleil pour faire le tour et prendre quelques photos. En dépit des nombreux touristes, nous parvenons à faire la photo au pied du globe symbolisant ce lieu.
Quand je regarde vers le nord, je ne vois que la mer à perte de vue. Là bas, quelque part, à plus de 1500 km il y a le pôle nord. Ca laisse rêveur ! Je suis tout au nord de l’Europe à une latitude de 71°. C’est la première fois que je monte aussi haut, ça représente un rêve, je ressens un état de soulagement. Je suis euphorique, mais je n’ai fait que la moitié du voyage et ce même si j’ai l’impression d’avoir atteint mon objectif. Le stress de ces dernières semaines se dissipe et soudain les efforts de ces deux derniers jours se font ressentir et je suis épuisé. Je suis incapable moralement de retourner au camping. Mes parents sont arrivés aujourd’hui au camping de la nuit précédente, je leur demande si nous pouvons nous rejoindre au Cap Nord plutôt qu’au camping. Ils peuvent du coup partager avec moi le paysage du Cap Nord... Toute la côte n’est que falaise qui se plonge dans la mer d’un magnifique bleu turquoise. Nous sommes à plus de 300 mètres au dessus de la mer. La falaise tombe à pic et, s’approcher du bord est un exercice éprouvant même pour quelqu’un qui n’a pas le vertige. La toundra est fabuleuse et vous rend conscient de l’hostilité de l’environnement. Le climat change à toute allure et par la même occasion la luminosité. Il n’y a pas un seul instant sans que l’horizon ne change et que l’éclairement de la falaise évolue. L’entrée au site du Cap Nord vous donne accès à un cinéma dans lequel ils projettent un petit film magique sur le lieu. En ressortant de là, la luminosité a encore changé mais il fait toujours très froid et le soleil de minuit ne sera pas visible. Trop de nuages recouvrent le ciel. Je dis donc au revoir à Daniel pour qui le voyage s’arrête et je rejoins, dans la voiture de mes parents, José qui est redescendu à vélo au camping. Je dois aussi dire au revoir à José car il repart le lendemain pour continuer son voyage. Merci à toi José qui est resté pédaler avec moi alors que tu serais aller beaucoup plus vite tout seul. Merci à toi José qui m’a accompagné sur ces derniers jours, peut-être les plus durs physiquement depuis mon départ. Merci José d’avoir fait la route avec moi à un moment où j’en avais marre de pédaler tout seul.
J’ai maintenant quelques jours de répit. Je repars à vélo le 20 juillet à partir de Kirkenes, ville de Norvège à quelques pas de la frontière russe, en direction de Copenhague pour boucler le projet handiKapp-Nord.

J’ai fait le Cap Nord en partant d’Oslo parcourant plus de 2200 kilomètres à la force de mes bras sans aucune assistance. Pour résumé, j’ai fait le Cap Nord…

Vendredi – Aujourd‘hui, je suis avec mes parents et je fais un tour de l’île du Cap Nord. Nous visitons les villages alentours, ou devrais-je dire les hameaux alentours. Gjesvaer, Skarsvag et Kamoyvaer sont de toute beauté. Ce sont de petits hameaux de pêcheurs, isolés sur la côte face à la mer et offrant une vue dégagée et splendide sur les quelques bout de terres émergeant de la surface maritime.
Tout ceci, je le visite en voiture, c’est incroyable comme les kilomètres défilent à toute vitesse.

08/07/2008

Je ne fais plus la route seul...

Bonjour à tous,

Je suis resté samedi et dimanche au camping de Alta. Trois jours de repos, c’était un peu long mais je suis persuadé que ça a fait du bien à l’organisme. Ca m’a aussi permis de faire un peu plus que des rencontres. Tout d’abord j’ai rencontré José, un belge qui lui aussi va au Cap Nord et avec qui je vais donc faire la route pendant un petit moment. J’ai aussi rencontré deux norvégiennes Brigitte et sa fille. Elles étaient là tout le week-end et le dernier jour, elles m’ont proposé de m’emmener jusqu’au Cap Nord. J’ai du être fort pour résister et dire non ! J’aurais peut-être loupé le meilleur… Je n’oublie pas non plus le suédois et la nièce de la propriétaire du camping qui m’a fait visiter Alta.

Lundi – Après trois jours de pause, il est temps de repartir. Je suis quand même relativement content car je ne pars pas seul. Nous levons le camp à 9h30 et devons traverser toute la ville de Alta. C’est fabuleux, la route longe plus ou moins la mer, d’où un relief en dents de scie. Notre carte indique que nous allions longer la mer pendant plusieurs kilomètres et nous pensions donc avoir un dénivelé peu important. Nos espoirs se sont effondrés lorsque que nous avons vu ce panneau triangulaire signifiant attention ! Attention montée à 7% pendant 5 kilomètres. Ma joie d’avoir passé les 2000 km s’est alors vite dissipée au profit de la colère…  C’est sous un ciel bleu azur et un soleil tant attendu que nous avons du attaquer la côte. Ca faisait très longtemps que je n’avais pas autant transpiré. Arrivé en haut nous sommes un peu descendu pour tomber sur un lac en altitude, somptueux ! Le vert des montagnes plongent dans le bleu du lac… Nous sommes à peu près à 400 m d’altitude et pensions redescendre mais très vite une autre côte se laisse deviner… José très optimiste me fait remarquer que nous n’avons pas vu de panneau et que donc le dénivelé ne doit pas être très important… Même sans panneau, la montée s’est bien faite ressentir et c’est avec plaisir que nous atteignons le sommet. Il fait maintenant très froid et la neige est à portée de main. Le décors s’est soudain transformé. Il n’y a plus un seul arbre, juste de l’herbe et quelques rares arbustes. C’est le désert du nord, la toundra qui est de retour. C’est désert mais à la fois très beau. On imagine tout de suite à quel point cet endroit doit être hostile en hivers. Il n’y a que très peu d’habitations… Les quelques maisons qu’il y a font rêver par la quiétude et la solitude qu’elles doivent offrir.
Après 30 km dans cette toundra, il est temps de redescendre. J’ai fait le choix de tout vous raconter de mon parcours, et je me permets donc une petite anecdote… Vous pourrez ensuite me dire si vous trouvez qu’elle rompt le charme du voyage. Nous avons entamé notre descente et nous arrêtons un court instant sur une aire juste au bord de la route. Encore dans la toundra la vue est relativement dégagée. C’est le moment que mon corps à choisi pour répondre à un besoin urgent. Mon handicap ne me permet pas de me retenir fort longtemps. Le temps de trouver du papier, un seul petit mouchoir que me propose José et je me retrouve à 10 mètres de la route, soulagé. Mais mon sang ne fait qu’un tour lorsque je vois un camping car qui s’arrête sur la même aire. Ils m’ont vu… Oui, j’ai honte et me sens très gêné alors que José s’époumone de rire. Deux autres voitures s’arrêtent à leur tour, mais je me lève déjà et retourne vers mon vélo gêné de cette expérience.
Nous voilà donc reparti dans notre descente vers Skaïdi Même si le soleil ne disparaît jamais, il descend vers l’horizon et avec lui la température et c’est au tour du vent de se lever… Il ne fait pas plus de 6 degrés. Arrivé à Skaïdi, nous avons soit le choix de prendre à gauche et de passer la nuit dans un camping à 4 km soit à droite pour un camping à 22 km. Nous choisissons celui de 4 km, après avoir fait quelques courses pour le dîner. Nous plantons la tente et un allemand, très aimable, vient nous accueillir et nous propose des bières bien fraîches. Nous avons les nôtres mais acceptons avec joie de les boire avec lui après une douche bien chaude. Il vient de la région bavaroise et fait un tour de Norvège en voiture avec sa femme. Mais contrairement à beaucoup d’automobilistes que nous croisons chaque jour, eux ne parcourent que 300km/ jour et profitent un maximum de la nature.
Après cette bière bien agréable, je me dirige rapidement vers ma tente pour m’endormir immédiatement avec plus de 90km dans les pattes.

Mardi – Une petite grasse matinée et je me lève à 9h00. Aujourd’hui, nous ne sommes pas vraiment pressés car  j’ai décidé d’attendre mes parents pour traverser le tunnel qui mène au Cap Nord. En effet, ce tunnel fait 7 km de long et plonge sous la mer, imposant donc un fort dénivelé à l’entrée et à la sortie du tunnel. D’autre part, ça me parait peu rassurant d’être au beau milieu des voitures dans les gaz d’échappement.  Puisque je dois attendre mes parents le camping le plus proche de l’entrée du tunnel se trouve à 60 km du tunnel et à 28 kilomètres du camping de cette nuit.
Sur les 28 kilomètres que nous parcourons aujourd’hui, 25 sont en montée, alternant haut et faible coefficient.
A 14h00, nous sommes arrivés. Il fait toujours aussi froid et le temps est couvert. Autant il ne peut pas y avoir deux jours successifs ensoleillés, en revanche je cumule les jours couverts. Tant qu’il n’y a pas de pluie, ça ne me dérange pas… Notre étape d’aujourd’hui, c’est Olderfjord et je rencontre devant le camping un motard néerlandais qui nous a doublé la veille. Celui-ci nous dit que le tunnel en direction du Cap Nord est très propre et qu’il possède un espace qui permet la circulation des vélos. Si je peux grimper les 3 km à 10%, il me dit qu’il n’y a pas de problème. C’est décidé, nous partons donc demain pour l’île du Cap Nord… Nous passerons la nuit à Honningsvag où mes parents nous rejoindront et nous pédalerons le lendemain en direction du Cap Nord. D’ici là, les plans ont le temps de changer encore une fois !
Au moment de planter notre tente, nous revoyons une ancienne connaissance, l’allemand rencontré la veille, qui ne fait qu’une pause avant de repartir. Nous sommes maintenant dans le café, chacun occupé à remplir son journal de bord.

06/07/2008

Après un mois, voilà un compte rendu

Bonjour à tous,

Un mois que je suis parti, presque 2000km, 240 km avant le Cap Nord, il est temps de faire un point.

Physiquement tout va bien. Le matin, j’ai souvent quelques courbatures mais elles passent très vite dès que mon corps est chaud. J’ai aussi quelques douleurs tendineuses mais celles-ci étaient prévisibles et tant qu’elles ne m’empêchent pas d’avancer, je continue…

Si vous suivez le blog, vous savez sans doute que je rencontre un certain nombre de personnes sur la route. Nous avons eu à chaque fois des discussions différentes et intéressantes. Ces gens font partie de l’expérience humaine que je recherche et souvent ils m’aident à peaufiner mon itinéraire, à rendre mon voyage plus agréable. Ils me permettent de me coucher avec le sourire. Ils me permettent de parler, car la journée je ne parle pas… Ils me permettent de partager mes joies et souffrances. Coïncidence cocasse, j’ai rencontré à deux reprises des français et deux fois ils étaient de Lyon (je suis d’origine lyonnais)…

J’ai récemment pu m’entretenir avec un motard suédois qui lui aussi fait un voyage solo ; celui-ci me confiait que sa famille lui manquait et qu’il se sentait seul. Nous avons aussi évoqué le film « Into The Wild » et du fait que nous pouvions à certains moments nous identifier à Christopher Mccandless même si nos objectifs et nos aventures ne sont pas tout le temps comparables. Pour ma part, je ne recherche pas le bonheur, je pense déjà avoir une belle vie chez moi, avec une super famille et des ami(e)s géniaux. Ce voyage me permet de me rendre compte à quel point j’ai une « belle » vie. Je me remémore tous les passages de ma vie, les moments agréables, ceux qui m’ont fait rire, ceux qui m’ont procuré des émotions intenses, ces moments là me font parfois sourire tout seul, me remplissent de joie, et me font avancer. Je me souviens aussi les échecs, les pleures, les désillusions les moments durs, les moments qui vous font monter les larmes. Ces moments là me font aussi avancer car ils font partie de ma vie ! Ainsi que le disait mon ami suédois, ce voyage est une façon « for the soul to meet the mind ». Cette aventure permet de faire le point sur mon existence, un résumé de ma vie. Où j’en suis, où est-ce que je veux aller ? Ce n ‘était pas du tout le but originel de mon aventure, mais je me rends compte que c’est bien ce qui se passe. C’est marrant car il y a à la fois un milliard de raisons pour faire ce voyage mais je n’arrive toujours pas à mettre un nom sur mes raisons. Est-ce une revanche sur la vie ? Je ne crois pas ! Est-ce une manière de me prouver que j’en suis capable, est-ce un défi personnel ? Très certainement ! Est-ce que je veux servir d’exemple pour d’autres personnes ? Je n’ai pas cette prétention ! Est-ce que je veux m’éclater et rajouter un peu de piment à ma vie, vivre une aventure originale ? Peut-être ! Un point sur la vie ? Je viens de l’évoquer ! Si je peux par cette aventure personnelle changer mon avenir ainsi que celui d’autres personnes entre autre par l’intermédiaire de l’argent collecté et reversé à l’ICM. Alors ainsi soit-il !

Je me suis imposé ce défi comme un devoir, chaque matin en me levant la première pensée qui me vient est : « oh non, je ne veux pas partir faire du vélo ! » Pendant la journée, cette pensée s’évanouit au profit de toutes les motivations précédemment citées. La journée se termine souvent par un : « ouf, j’ai passé une bonne journée et j’ai avancé dans la réalisation de mon devoir ! » Une chose que j’apprécie fortement pendant cette aventure, c’est la façon dont les gens m’accueillent. Effectivement, pour la première fois je ressens un accueil sans préjugés. Les gens ne voient pas mon fauteuil roulant, ils voient juste quelqu’un faire du vélo avec ses bras. Puisque c’est relativement rare, ils sont surpris, admiratifs et ne peuvent pas vous comparer avec quelqu’un d’autre. Ils me donnent le sentiment d’être unique, un sentiment qui remonte le moral. Vous aurez aussi compris que je suis, presque quotidiennement, le témoin d’une nature surprenante et généreuse. Il y a deux points que je souhaite mettre en avant aujourd’hui. Le premier étant que n’ai pas vu la nuit, ni les étoiles, ni la lune depuis un mois. Même à Oslo, il faisait sombre mais pas nuit. Aujourd’hui à Alta, à minuit le soleil rase l’horizon. Il faut y prêter attention car il est très facile de se faire surprendre par l’heure. Le deuxième étant d’imaginer toute cette nature verte, vivante et charmante complètement endormie sous la neige. Car ici de novembre, décembre jusqu’à avril, tout est couvert sous la neige. La nature vous offre alors un visage différent, un visage hostile mais magique à la fois. Une chose que j’aimerai bien vivre…

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