« Je ne fais plus la route seul... | Page d'accueil | Petites visites touristiques »

12/07/2008

Waouh...

Bonjour à tous,

C'est long mais ce sont sans dout les jours les plus importants depuis le départ...

Mercredi – Aujourd’hui, le soleil manque une nouvelle fois à l’appel. Nous partons d’Olderfjord avec José avec pour objectif d’atteindre Honningsvag, village qui se situe sur l’île du Cap Nord et qui représente une étape de 98 km. La route longe le fjord et offre à quelques reprises des panoramas fantastiques d’autant plus que nous avons de la chance car le trafic est relativement faible. Pour cette étape il nous faut traverser 4 tunnels et voici le premier qui fait son apparition. Selon un motard, rencontré la veille c’est le pire car il est très humide et très sombre. Nous entrons donc dans l’entre de la montagne avec une certaine appréhension. Nous nous sommes très mal préparés et je suis donc le seul avec des lampes. Ma lumière de devant par son clignotement montre notre présence aux cars chargés de touristes qui arrivent en contresens. Ma lampe de derrière est cachée par ma remorque et ne sert donc à rien. La chaussée est effectivement très humide, ainsi que l’air d’ailleurs ; il ne fait pas chaud dans ce tunnel. On entend l’eau ruisselé sur les parois et parfois une goutte d’eau glacial nous tombe sur le casque ou pis encore, dans le col de la combinaison… Ce tunnel est pour moi une grande première et chaque fois qu’un véhicule approche, c’est dans un vacarme assourdissant que nous continuons de pédaler et que nous faisons une pause dans nos discussions. Ca y est ! On en voit le bout et la lumière du jour nous éblouit, et ce, bien que le soleil ne soit pas présent. Cette première expérience était longue de 3 km et ma foie, fort intéressante, je suis impatient de recommencer… Il est maintenant 13h00 et nous avons très faim, un cyclotouriste s’est une nouvelle fois rapproché de nous sans bruit et me fait sursauter lorsqu’il s’annonce. Nous lui proposons de déjeuner avec nous. Il s’appelle Roberto, est italien, est parti de Venise il y a 19 jours et pédale plus de 200 km/ jour. Pour nous, et surtout pour moi, c’est extraordinaire, ce sont des distances journalières que je ne pense pas atteindre un jour. Roberto prépare en 5 minutes un plat de spaghetti au pesto alors que je me satisfais de mon menu quotidien. A la fin de notre déjeuner, un nouveau belge s’arrête à notre hauteur. Il compte s’arrêter avant le tunnel mais nous le convainquons de se joindre à nous pour la traverser du tunnel. Nous laissons Roberto repartir et je continue ma route encadré de deux belges José et Jos. Au vue du nombre de kilomètre, nous devrions nous rapprocher du tunnel et après chaque virage je scrute l’horizon pour voir si nous nous en approchons. Au lieu de ça c’ est une descente qui se termine par une montée très raide et suffisamment longue pour me fatiguer. Je crois arriver au sommet alors qu’en réalité, il faut encore pédaler sur quelques centaines de mètres avant que l’inclinaison ne s’inverse pour offrir une véritable et belle descente qui nous rapproche du tunnel. Dans la descente nous retrouvons deux hollandais que j’avais croisé un peu plus tôt dans la matinée. Ce tunnel sous la mer va nous permettre de passer sur l’île du Cap Nord. Nous sommes donc maintenant 5 à l’entrée du tunnel à installer nos lampes et à bien nous couvrir. Le tunnel est d’une longueur de 7 kilomètres dont la moitié est en descente et l’autre en montée. Le coefficient est en moyenne de 9%. Depuis le début de la journée j’appréhende beaucoup ce tunnel car je ne l’avais pas du tout planifié dans mon voyage. Je souhaitais trouver une alternative, un bateau de pêcheur, un ferry ou faire du stop. Mais le fait d’être accompagné m’a décidé à le traverser. Voilà donc que nous pénétrons dans ce trou sombre et la descente commence immédiatement de façon très abrupte, il y a peu de véhicule et nous sommes tous excités de pouvoir nous laisser aller. Nous dévalons à plus de 50km/h et arrivons petit à petit vers le bas, à peu près 212 mètres sous la mer. Je profite de ma vitesse pour commencer à gravir la côte. Ca me semble plutôt facile et je peux continuer de pédaler aisément. Il semblerait que comme dans la descente le coefficient de la pente augmente peu à peu. Maintenant, je force. Alors que les 2 hollandais et le belges continuent d’avancer, José reste avec moi et je fais désormais du 3 km /h. A chaque borne de secours s’affiche le nombre fatidique exprimant les mètres restants : 2870 mètres. Comment vais-je faire ? Je sue à grosse goutte, je pédale maintenant en T-shirt et mes muscles hurlent à l’agonie à chaque poussée. Un courant électrique me traverse les avant-bras à chaque poussée un peu trop forte. Je respire fort et remplie mes poumons au maximum à chaque fois que c’est possible. J’essaye de faciliter mes efforts avec une respiration adaptée mais c’est dur. L’inconfort du tunnel se rajoute à cette souffrance physique. Je n’ai pas le choix, je suis obligé de continuer, pas de demi-tour possible. Chaque grondement signifie l’arrivée d’une voiture où d’un car mais dans quelle direction, d’où vient-il ? Mes bras sont en feu et les muscles qui courent dans mon dos fonctionnent à pleine puissance. José m’encourage : « Yves, tu es en train de faire le tunnel sans aide, on ne pourra pas t’enlever ça ! ». Une lueur d’espoir apparaît quand José me signale que le coefficient semble diminuer. Malheureusement, je suis tellement épuisé que je ne note même pas la différence. En revanche, je sens qu’on se rapproche. Ca y est, je vois la lumière du jour et c’est maintenant plat. Une courte descente s’amorce en direction du péage mais les vélos n’ont pas besoin de payer ! Nos 3 comparses ne nous ont pas attendu et doivent déjà être loin. Une courte pause de quelques minutes et nous repartons car il est déjà 17h30 et nous devons nous dépêcher. Mais je ne peux pas, mon corps est vide de toute force, j’ai du mal à avancer, même sur le plat… Soudain, je paie une erreur que je viens de commettre. Je me sens pris de vertige, je manque de sucre et il faut que je m’arrête tout de suite pour manger quelque chose et reprendre un peu de forces, suffisamment pour clôturer la journée. On fini à 20h00, monte la tente, prend une douche et dîne. Ce soir on dort à 5 km après Honningsvag au pied d’une côte à 9%.

Jeudi – Ce matin nous revoyons les deux hollandais qui avaient traversé le tunnel avec nous, la veille, ils sont arrivés une heure avant nous, en revanche nous avons perdu la trace du belge.
Dans la cuisine, pendant notre petit déjeuner, la discussion tourne autour du Cap Nord, du relief et du climat. Il y a une ambiance excitante dans l’air, une impatiente non dissimulée et une appréhension pour ma part.
Le Cap Nord, ça se paie ! Moi qui croyais avoir fait le plus dur en traversant le tunnel…
La côte de 9%, au pied de laquelle nous avons dormi, nous est servi en guise deuxième petit déjeuner. Pour compliquer le tout il y a un vent à décorner les bœufs qui souffle contre nous, accompagné d’un ciel plus que nuageux. Le seul réconfort du matin est que j’ai un nouvel accompagnateur. A José et moi vient maintenant se rajouter Daniel. Daniel est autrichien, maçon et il a quitté Vienne le 2 juin. Nous affrontons donc tous les trois cette route qui nous mènera vers ce que nous attendons tant.
Nous avons toutefois laissé un maximum d’affaires au camping, pour partir léger. Il n’y a qu’une seule route qui mène au Cap Nord, nous sommes dans l’obligation de revenir ici ce soir. Même léger, j’ai ma remorque avec mon fauteuil roulant et j’en ai donc pour plus de 15 kg.
Après 3 km de montée, de souffrance et d’acharnement, nous avons une vue imprenable sur les montagnes rocheuses norvégiennes. Il n’y a pas un seul arbre, juste de l’herbe, de la neige et de petits lacs. Même si le coefficient est moins important, ça grimpe toujours, le vent persiste, il y a un épais brouillard et il fait un froid de canard. Nous entamons une descente mais nous savons pertinemment qu’une deuxième côte nous attend, quelque part, plus loin, dans ces montagnes…
Chaque descente est prétexte pour Daniel et moi de battre notre record de vitesse. Le sien sera de 75km/h alors que le mien de 64km/h. Jeu d’enfant avec les pensées d’un « adulte ». C’est pas rassurant… Que se passe-t-il, si… ? Mais heureusement tout se passe bien.
Juste avant la deuxième côte nous sommes rafraîchis par un très léger crachin qui, plus que nous mouiller, nous glace le sang.
Avec l’absence de végétation, je peux voir la route qui monte loin et qui se perd dans un virage. Qu’y a-t-il après ce virage ?… La côte qui continue ! Même si le vent n’est plus là, je sens les restes d’hier qui me crispent les muscles. C’est dur, très dur ! José est toujours avec moi, Daniel aussi. Parfois, il part en éclaireur, pour nous décrire l’état du relief après le prochain virage. Les nouvelles ne sont souvent pas bonnes et nous continuons de grimper. C’est simple, le camping est au niveau de la mer et le Cap Nord est à 300 m d’altitude ! Il faut donc grimper !
Il semblerait maintenant que le relief se calme et au vue de nos compteurs nous ne devrions pas être trop loin… C’est quand vous croyez être arrivé que tout se corse, nous a-t-on averti ce matin! Effectivement, voilà une nouvelle côte qui se profile. C’est d’une part, difficile physiquement mais mentalement je commence aussi a être usé.
Enfin, nous arrivons au sommet et le ciel se dégage. Le soleil peut enfin venir nous réchauffer le visage. C’est merveilleux, nous pouvons deviner au loin le Cap Nord. Seul un grand plateau nous sépare. Tout autour de nous la mer bleu et un ciel de la même couleur avec des falaises vertigineuses. Le spectacle est grandiose. Nous arrivons au bout du plateau et pouvons apercevoir l’entrée sur le site. Une phrase résonne alors dans ma tête : « C’est quand vous croyez être arrivé que tout se corse ». Il nous reste un ultime creux à franchir et c’est donc à bout de souffle, accompagné de José et Daniel, que j’arrive à l’entrée. Le Cap Nord est gratuit pour les gens qui viennent de loin, en vélo, sinon c’est 200 NOK par personne. Nous pédalons jusqu’au café où nous prévoyons de manger un bout car j’ai fortement puisé dans mes réserves pour faire les derniers efforts. Mais avant tout, nous profitons vite du soleil pour faire le tour et prendre quelques photos. En dépit des nombreux touristes, nous parvenons à faire la photo au pied du globe symbolisant ce lieu.
Quand je regarde vers le nord, je ne vois que la mer à perte de vue. Là bas, quelque part, à plus de 1500 km il y a le pôle nord. Ca laisse rêveur ! Je suis tout au nord de l’Europe à une latitude de 71°. C’est la première fois que je monte aussi haut, ça représente un rêve, je ressens un état de soulagement. Je suis euphorique, mais je n’ai fait que la moitié du voyage et ce même si j’ai l’impression d’avoir atteint mon objectif. Le stress de ces dernières semaines se dissipe et soudain les efforts de ces deux derniers jours se font ressentir et je suis épuisé. Je suis incapable moralement de retourner au camping. Mes parents sont arrivés aujourd’hui au camping de la nuit précédente, je leur demande si nous pouvons nous rejoindre au Cap Nord plutôt qu’au camping. Ils peuvent du coup partager avec moi le paysage du Cap Nord... Toute la côte n’est que falaise qui se plonge dans la mer d’un magnifique bleu turquoise. Nous sommes à plus de 300 mètres au dessus de la mer. La falaise tombe à pic et, s’approcher du bord est un exercice éprouvant même pour quelqu’un qui n’a pas le vertige. La toundra est fabuleuse et vous rend conscient de l’hostilité de l’environnement. Le climat change à toute allure et par la même occasion la luminosité. Il n’y a pas un seul instant sans que l’horizon ne change et que l’éclairement de la falaise évolue. L’entrée au site du Cap Nord vous donne accès à un cinéma dans lequel ils projettent un petit film magique sur le lieu. En ressortant de là, la luminosité a encore changé mais il fait toujours très froid et le soleil de minuit ne sera pas visible. Trop de nuages recouvrent le ciel. Je dis donc au revoir à Daniel pour qui le voyage s’arrête et je rejoins, dans la voiture de mes parents, José qui est redescendu à vélo au camping. Je dois aussi dire au revoir à José car il repart le lendemain pour continuer son voyage. Merci à toi José qui est resté pédaler avec moi alors que tu serais aller beaucoup plus vite tout seul. Merci à toi José qui m’a accompagné sur ces derniers jours, peut-être les plus durs physiquement depuis mon départ. Merci José d’avoir fait la route avec moi à un moment où j’en avais marre de pédaler tout seul.
J’ai maintenant quelques jours de répit. Je repars à vélo le 20 juillet à partir de Kirkenes, ville de Norvège à quelques pas de la frontière russe, en direction de Copenhague pour boucler le projet handiKapp-Nord.

J’ai fait le Cap Nord en partant d’Oslo parcourant plus de 2200 kilomètres à la force de mes bras sans aucune assistance. Pour résumé, j’ai fait le Cap Nord…

Vendredi – Aujourd‘hui, je suis avec mes parents et je fais un tour de l’île du Cap Nord. Nous visitons les villages alentours, ou devrais-je dire les hameaux alentours. Gjesvaer, Skarsvag et Kamoyvaer sont de toute beauté. Ce sont de petits hameaux de pêcheurs, isolés sur la côte face à la mer et offrant une vue dégagée et splendide sur les quelques bout de terres émergeant de la surface maritime.
Tout ceci, je le visite en voiture, c’est incroyable comme les kilomètres défilent à toute vitesse.

Commentaires

Vous avez réussi! Mes félicitations!
Hilde

Ecrit par : Hilde | 12/07/2008

Whaouou! tu l'as dit c'est incroyable, Bravo, bravo, bravo! Mais quel courage!!!!!!

Ecrit par : Elodie | 13/07/2008

Bonjour Yves,
Je suis tes aventures avec beaucoup d'émotion et ce que tu es en train d'accomplir est
tout simplement formidable! Notre rencontre à travers la CEMS date de quelques mois seulement avant ton départ et je suis à la fois bluffée et très émue par ta ténacité, ton courage et ton formidable talent de "raconteur"; J'espère d'ailleurs que ton blog prendra vie et (qui sait!) deviendra livre, j'achète immédiatement ! En attendant, continue de nous emmener avec toi à travers ton blog, le voyage est magnifique ! Bon vent Yves et à bientôt !
Andrée

Ecrit par : Andree | 13/07/2008

Salut Yves,
Quelle demonstration de force physique, et de tenacité ! Félicitition Après ça, tu peux tout faire...

Ecrit par : Ludovic | 13/07/2008

Merci pour avoire partage tes emotions. Le description est superbe. Bravo et encore bonne route.

Ecrit par : Jan Mikkelsen | 13/07/2008

Felicitation! Quel exploit!!! Bonne continuation pour la suite.

Ecrit par : Amelie | 13/07/2008

Bonjour,

Félicitations, votre ténacité a été récompensée : le Cap Nord !!!

J'ai été au Cap Nord, l'an dernier en voiture, bateau et bus... Je pratique le handbike en loisirs... Je mesure d'autant mieux l'exploit accompli au cours de ses 2200 km...

Merci de nous faire partager avec vos mots et photo ce fabuleux périple.

Profitez bien de ces quelques jours de repos avant le retour...

Ecrit par : Christine | 14/07/2008

Matthias au Kilimandjaro, toi au Cap Nord, quelle leçon vous nous donnez tous ! Merci, merci de nous montrer que l'on peut aller au bout de ses forces et que ce n'est pas encore le bout !
Je penserai à toi en me baladant vers les volcans réunionnais !
bravo, et bravo aussi à José quiviendra j'espère te voir à Paris pour qu'on le connaisse.
Mille affections à partager en famille

Ecrit par : françoise bruneau | 15/07/2008

bravo pour cet exploit! c'est une belle réussite!!!
et merci pour cette magnifique prose tout au long du voyage, car même cela ne n'est pas facile.
Bonne chance pour la suite.
très cordialement
Alain

Ecrit par : alain caire | 16/07/2008

Vraiment bravo, d'abord pour cet effort incroyable et magnifique de courage physique et mental... et bravo pr ce beau récit! On s'y croirait et on oyage qqe minutes.
Bisous

Ecrit par : Céline | 17/07/2008

Merci Yves et BRAVO !!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Ecrit par : STEPHANE | 18/07/2008

tres cher Yves................;de retour de l'ile d'yeu,je viens de prendre le temps de lire tt ce que j'ai manqué et notamment :TON CAP NORD !! l'emotion m'a etreint à plusieurs reprises et j'etais à la limite des larmes.......OUI,tu y as été tout seul!!! (accompagné de José )et qud je vois le mal que j'avais à pédaler l'autre soir contre le vent en allant plein ouest sur l'ile,je crois que je mesure encore mieux ton exploit!! Tes parents doivent etre si heureux avec toi et si fier de leur fiston..........profites à fond de ton repos et bon courage pour la reprise.fais gaffe en quittant ton hotel de ne pas laisser trainer tes"dopes",par les tps qui courrent,on ne sait jamais!!!(mais au faite,es tu au courant de l'actualité cycliste du tour de France?) grosse bise pleine d'encouragements
marie

Ecrit par : marie | 19/07/2008

bravo Yves je lis tous vos commentaires et descriptions moi qui ne part pas "maladie
du mari parkinsonnien"
c'est un pays que j'aimerai bien connaître peut être un jour
quel courage vous avez réussi cet exploit et je vous remercie de nous faire partager
votre enthousiasme, vos épreuves, le froid et tout........
à bientôt pour vous rencontrer et nous raconter avec photos tout cela
encore bravo

Ecrit par : mailliet ginette | 16/08/2008

Ecrire un commentaire