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29/02/2008
Et si vous étiez en fauteuil roulant... partie 5
Cette semaine nous avons battu de nouveaux records, comme diraient nos amis English: "Sky is the limit".
On en est à la 15ème anecdote, c'est que je commence à fatiguer. Mais d'ici que nous arrivions à la fin de mon inspiration, profitons-en...
- Un fauteuil ça vaut son pesant d’or et sous ces airs d’increvables il faut tout de même le manier avec précaution. J’ai appris cette leçon à mes dépends lorsque j’ai utilisé une compagnie aérienne pour un voyage. Les gens qui manient les bagages ne semblent pas faire la différence entre un fauteuil et une valise. Lorsque j’ai voulu récupérer mon fauteuil au terminal c’est un fauteuil fort mal en point qu’on a remis à ma disposition. J’ai dû rentrer en taxi jusque chez moi avec ma valise mon fauteuil fortement abîmé et inutilisable et un tank (fauteuil incontrôlable) gentiment prêté par l’aéroport. Le privilège de rentrer avec tout ça fut le fruit d’une longue négociation, sans cela je siègerai peut être encore au terminal d’arrivée. Avis aux manipulateurs de nos bagages, au prix où coûtent nos fauteuils, prenez en soin, s’il vous plait. P.S. : je n’ai jamais été dédommagé des frais de taxi pour rentrer chez moi car selon la compagnie aérienne, elle n’est pas tenue de rembourser les frais occasionnés par la dégradation d’un bagage (mon fauteuil étant considéré dans ce cas là, aux yeux de la compagnie, comme un bagage).
- Ma passion à moi, c’est les rues pavées. Dans l’époque qu’est la notre il reste encore en France un grand nombre de routes pavées et heureusement… Une route pavée donne un charme incontestable à une rue, mais cela devient un véritable calvaire pour toutes les personnes en fauteuil roulant qui veulent y pénétrer. En effet, sur ce genre de revêtement les petites roues de devant se plantent dans les interstices et si vous n’y prenez pas garde, vous partez pour un joli soleil.
- L’autre jour à Paris j’attendais sagement mon bus comme tous bons parisiens. Heureux que mon bus arrive je m’apprête à monter, ou plutôt à me jeter dans le bus devrais-je dire. Celui-ci n’était malheureusement pas adapté mais en temps normal avec l’aide de quelqu’un voire même seul je parviens souvent à mes fins. Sauf que ce jour-là, le chauffeur n’avait pas l’attention de me faire monter dans le bus et m’a conseillé de prendre le prochain bus. Le prochain bus, quelle blague… Celui-ci n’était pas direct et nécessitait que je fasse un changement et que je traverse tout Paris afin de me rendre à destination. Finalement, j’ai dû me rendre à un autre arrêt de bus tout en traînant ma grosse et lourde valise.
J’ai entendu dire que les métros ne seront pour le moment pas rendu accessible, les investissements seraient bien trop importants. La RATP mise donc sur le réseau des bus.
A vendredi prochain pour de nouvelles aventures…
22:05 Publié dans Et si vous étiez en fauteuil roulant... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
25/02/2008
Le terme handicapé
Connaissez-vous l’origine du mot Handicapé ?
Il vient de l’expression anglaise "hand in cap" (la main dans le chapeau). "Hand in Cap" était un jeu où l’on se disputait des objets personnels dont le prix était proposé par un arbitre, la mise étant déposée dans un chapeau. Au fil du temps, "Hand in Cap" s'est progressivement transformée en "handicap" et s'est appliqué au domaine sportif. Il correspondait à la volonté de donner autant de chances à tous les concurrents en imposant des difficultés supplémentaires aux meilleurs (plus…).
Le mot handicap a, selon les pays, une connotation bien différente de l’idée d’infirmité véhiculée en France. Cette différence d’interprétation illustre le fait que les gens perçoivent et intègrent, au sein de leur société, les handicapés de façons différentes. Les pays d’Europe du Nord ont une réputation de mieux accepter les personnes handicapées au sein de leur société. Mon voyage dans ces pays, confirmera-t-il cette hypothèse ?
Selon la loi française du 11 février 2005 « constitue un handicap, […], toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou trouble de santé invalidant ». Si ce n’est pas clair ça !
Le fauteuil roulant un handicap ? Les marches sont un calvaire, les moindres rebords une plaie, l’intégration sociale est modifiée, les chances d’accéder à un poste diminuées. Réfléchir aux difficultés que rencontre un handicapé, c’est tenter de réduire son handicap…
Aujourd’hui près de 10% de la population française déclare avoir un handicap, plus de 40 millions en Europe. Ce chiffre croît du fait de l’augmentation de notre espérance de vie.
Vous n’êtes pas handicapés aujourd’hui, profitez-en, peut-être le serez –vous lorsque vous serez plus âgés, réfléchissez-y ! Connaissant le handicap, je souhaite réduire les chances de se trouver dans cette situation, je vous dirais comment très prochainement.
Bonne semaine
Départ : J- 101
19:53 Publié dans Avant de partir | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22/02/2008
Et si vous étiez en fauteuil roulant... partie 4
Aujourd’hui, je fête avec vous la journée record de fréquentation sur ce blog, en date de mercredi. Plus de 90 visiteurs uniques en une journée, ceci combiné à une liste d’inscrits toujours plus importante, c’est magnifique.
Merci…Allez on continue…
- Commençons par parler un peu du handicap. Il y a différents degrés de handicap et selon leur importance les noms diffèrent. On peut déjà faire une distinction entre tétraplégie et paraplégie. La tétraplégie étant une paralysie des quatre membres soit généralement une lésion au niveau des cervicales. Plus on descend vers les lombaires ou le rachis plus on « s’approche » d’une paraplégie qui est une paralysie des membres inférieures. La tétraplégie, ainsi que la paraplégie, peuvent être complète ou incomplète ainsi deux paraplégiques à niveau de lésion identique peuvent avoir une motricité et une sensibilité différente. Bienvenue dans le corps humain…
- La maniabilité du fauteuil est une chose très importante que l’on vous enseigne dès vos premières semaines de rééducation. C’est lors de cette étape qu’on apprend à faire du « wheeling » qui consiste à lever les roues de devant. Cette technique peut être utilisée pour frimer mais s’avère surtout très utile pour surmonter les obstacles de la jungle urbaine. Pour se faire il vous suffit de trouver votre point de gravité, celui-ci étant différent pour chaque fauteuil… Un mauvais calcul et c’est soit la chute en arrière avec une pléthore d’accidents possibles soit une chute en avant si votre fauteuil bute sur l’obstacle. En cas de chute, le tout est de se rattraper rapidement et avec style, pour sauver la face…
- Les roues d’un fauteuil peuvent utiliser un grand nombre de pneus mais grossièrement vous avez deux catégories, les pneus pleins et les pneus avec une chambre à air. Avec le moindre saut de trottoir, les pneus pleins vous font tressaillir toute la colonne jusqu’aux cervicales avec l’avantage de s’user moins vite et d’être increvables. Les pneus avec chambre à air sont selon moi bien plus confortables mais ont un inconvénient majeur : la crevaison.
Au détour d’une rue, qui aurait accueilli la veille un match de foot avec son lot de bières bues et fracassées sur le sol et vous êtes bons pour la réparation sommaire et improvisée. Et quand cela vous arrive deux fois de suite, vous vous demandez s’il ne valait mieux pas rester au chaud chez soit.
Bien sûr, le meilleur des deux mondes existent, il faut juste mettre plus de 30€ pour un pneu...
19:56 Publié dans Et si vous étiez en fauteuil roulant... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18/02/2008
"Will on Wheels"
Aujourd’hui, je vous présente l’association « Will on Wheels » (volonté sur roues) qui vient d’être créée et qui va nous permettre de faire avancer le projet. Voici, l’histoire de l’association.
Un jeune adolescent de 17 ans, sportif dans l’âme, régit par une volonté immuable et une soif sans fin d’aventures et de plein air. Trop jeune et encore indécis sur ce qu’il veut faire, il sait avec conviction ce qu’il ne veut pas faire. Ne pas être seul, ne pas être dépendant et ne pas se laisser faire…
Monotonie, apathie, récurrence et hypocrisie sont des termes à proscrire en sa présence.
Un accident vint bouleverser sa vision du futur ainsi que les fondements de sa vie. Comment continuer à vivre lorsqu’on perd la seule chose qui vous permette de courir, de marcher, de gravir des montagnes, de jouer au foot, de séduire, d’être humain. On vous coupe l’herbe sous les pieds, cette même herbe grasse et mouillée que vous aimiez tant fouler de vos pieds nus.
Il faut concevoir les verbes "se déplacer" et "vivre" d’une manière différente, réapprendre des gestes simples, apprendre à rouler dans la rue, supporter le regard des autres, apprendre à se réveiller chaque matin avec votre différence.
Depuis, de nombreuses années se sont écoulées, avec leur lot de surprises et de déceptions, mais on fini toujours par retrouver son chemin.
L’adolescent de 17 ans n’est plus et il a laissé place à une nouvelle personne reprenant les reines de sa vie tambours battant.
Aujourd’hui, ce sont les roues de son fauteuil qui l’aident à se mouvoir et qui tournent au rythme de sa volonté retrouvée – « Will on wheels ».
J’en profite pour vous remercier de votre soutien.
A ceux qui me demandent comment m’aider, la réponse est simple, il faut parler du projet autour de vous et vous inscrire sur le blog, ceux qui veulent en faire plus ou soumettre une idée peuvent le faire en m’écrivant à projet.paris.nordkapp@gmail.com.
Si vraiment ce n’est toujours pas assez, vous pouvez participer financièrement en suivant les instructions qui seront bientôt disponibles sur le blog.
Encore un grand merci…
Départ : J- 108
19:59 Publié dans Avant de partir | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15/02/2008
Et si vous étiez en fauteuil roulant... partie 3
Prêt pour de nouvelles anecdotes...
- Aujourd’hui on utilise être handicapé à toutes les sauces dans le cadre d’insultes « gentille »… Handicapé de la cuisine, handicapé du volant, handicapé de l’amour, ou même handicapé tout court. Finalement, nous handicapé sommes sans cesse au centre des débats… A ce rythme le nombre d’handicapés croit très vite, toutefois une insulte que je n’ai jamais entendu c’est : handicapé des jambes. C’est sûrement par respect...
- Comme tout valide, les personnes en fauteuil roulant ont, depuis quelques années, la possibilité d’aller voir un film au cinéma. Le problème reste que le choix de votre place est plutôt restreint, c’est soit le premier rang auquel vous êtes garantie de terminer avec un torticolis, qui plus est, si vous restez dans votre fauteuil roulant. Selon l’aménagement de la salle l’autre possibilité est d’être au rang des cancres, au fond de la salle. Vous n’avez tout bonnement pas le droit de vous asseoir où bon vous semble comme n’importe quel valide.
- Une chose est de rester toute la journée dans votre fauteuil roulant, à la première occasion et bien sûr si votre niveau de handicap vous le permet, vous souhaitez bondir hors de celui-ci. Que ce soit sur un canapé, un bon fauteuil de cinéma, un beau et confortable fauteuil, les genoux d’une jolie fille ou sur une pelouse bien verte et bien tendre, n’importe quelle excuse est bonne…
Une fois je me suis justement assis sur une de ces magnifiques pelouses qu'offrent les jardins danois sans prendre conscience que mon fauteuil était en pleine descente. Celui-ci se mit alors à prendre de l’allure et à foncer en direction de l'étang qui se trouvait en contrebas, juste le temps de me retourner pour hurler à la personne qui se trouve avec moi que mon fauteuil est en train de se faire la malle. Cette personne (qui se reconnaîtra sûrement) réagit immédiatement et couru avant de glisser pour, in fine, rattraper le fauteuil par le bout des doigts. Il était moins une…
A vendredi prochain pour de nouvelles aventures...
20:01 Publié dans Et si vous étiez en fauteuil roulant... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fauteuil roulant, paraplégique, handicap
11/02/2008
Premier vrai entrainement
Ce week-end, il faisait un temps magnifique, tout du moins dans la région parisienne, j’en ai donc profité pour m’entraîner. On est donc partis, tout sourire, avec Jean-Baptiste, rejoindre Guy (du CAP-SAAA) à Saint Martin en Bière pour profiter de cette journée ensoleillée. Alors que Jean Baptiste enfourchait son superbe vélo tout récemment sorti de la cave, je sautais, pour la deuxième fois, sur le handbike gentiment prêté par Guy. Ma dernière et première expérience, remontait à une semaine, j’étais finalement rentré chez moi victime de courbatures à des muscles dont je n’avais jusqu’alors jamais soupçonné l’existence.
Ce handbike très spécial se pédale avec les bras, mais la direction se fait par inclinaison du corps à droite ou à gauche, au contraire de la grande majorité des handbikes qui se fait par simple mouvement de la potence à droite ou à gauche. Le premier handbike offre des plaisirs très proches du vélo, pour ce qui est du second j’attends toujours de faire un essai ; essai qui ne devrait tarder.
Pour revenir à cette deuxième expérience en handbike, elle fut beaucoup plus concluante que la première, avec un essai de plus de 10 kilomètres, les sensations étaient au rendez-vous. Ces sensations étaient au prix de grands efforts et la moindre côte était une véritable prouesse, question d’entraînement, selon Guy !
Alors que Jean-Baptiste nous suivait, Guy pédalait avec moi dans un handbike similaire au mien et me prodiguait de nombreux conseils tant au niveau conduite de la machine, que gestion de l’effort ou habitudes alimentaires. Bien que le handbike soit plus lent que le vélo, la vitesse atteinte est sans précédent par rapport à mon fauteuil roulant. Notre « lenteur », cependant autorisait Jean-Baptiste à partir en pointe et à prendre des photos de nos efforts. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’on lui donna à notre retour, la chance d’essayer la machine. Il pédala avec grand enthousiasme mais non sans efforts. Il fut charmé par les différentes sensations offertes par ce vélo à mains original, puissant, maniable et amusant.
Le bémol concernant un vélo comme celui-là, c’est son prix exorbitant avoisinant rapidement les 4500 €. Une somme assez conséquente certes mais en échange de laquelle on oublie l’espace d’une demi-journée son fauteuil roulant et on profite pleinement de la beauté de la Nature offerte par le département de Seine et Marne.
Départ : J-115
20:16 Publié dans Avant de partir | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : entrainement
08/02/2008
Et si vous étiez en fauteuil roulant... partie 2
Cette semaine, trois petites anecdotes viennent s'ajouter à celle de la semaine dernière...
- Quand nous roulons dans la rue, nous scrutons toujours le trottoir. Ceci comme les valides afin de ne pas faire une rencontre fortuite avec les excréments du meilleur ami de l’homme. En fauteuil, vous ne marchez pas, vous roulez et c’est donc à vos mains que vient se coller cette substance collante et puante. A bon entendeur…
- Lorsqu’il y a une queue importante en supermarché, on me propose parfois de passer devant économisant ainsi de longues minutes d’attente alors que comme les valides je peux très bien attendre dans une file comme tout le monde. Par contre le fait que certaines personnes utilisent les caisses prioritaires sous prétexte qu’il y a moins de monde est impardonnable. Dans certains magasins ces caisses sont souvent les seules qui sont assez larges pour laisser passer un fauteuil.
- L’usage du fauteuil roulant s’avère être une arme redoutable et stratégique lorsque vous allez dans un café ou en soirée. En effet, il m’est arrivé régulièrement que des filles veuillent s’asseoir sur mes genoux attirant la curiosité de certains et le respect d’autres. Je ne vais certes pas m’en plaindre, je compatis juste avec les valides qui n’ont pas, vous le nommerez comme le voudrez, cette chance ou ce charme :-) Etre en fauteuil peut aussi avoir du bon...
20:25 Publié dans Et si vous étiez en fauteuil roulant... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fauteuil roulant, paraplégique, handicap
04/02/2008
Handistar
Cette semaine, je donne la parole à un ami qui a écrit une histoire fictive caricaturant le sentiment de frustration vis-à-vis du sujet du handicap. Je vous laisse apprécier...
- « Vous connaissez John Locke? »
La question fusa. C’est la première qu’il parvînt à distinguer parmi le brouhaha qui l’entourait. Tant de présences, tant de bruits l’étourdissaient légèrement.
John Locke… Bien sûr qu’il connaissait. Le personnage paraplégique de Lost. Difficile d’y échapper. Les gens étaient toujours persuadés d’être les premiers à lui en parler. Dans quel intérêt ? Un message d’espoir? Mais quel espoir ? Allait-il pour autant se lever d’un coup, balancer son fauteuil à roulettes et partir faire son footing pieds nus dans la jungle ? Non, on ne parle pas de la même chose les mecs. Parfois peuvent être prononcés les mots d’ « évolution », d’ « amélioration » mais jamais celui de « guérison ». La guérison, c’est un concept abstrait, le thème d’un cours de philo auquel on aurait oublié de se pointer.
John Locke… Les références et les caricatures faciles étaient ce qu’il détestait par dessus tout. Il l’avait décrété le jour où on lui trouva un air flagrant de ressemblance avec Christopher Reeves... D’ailleurs, il trouvait étrange cette manie qu’on avait de toujours l’affubler de surnoms ou de modèles. Ne pouvait-il pas être lui, simplement lui ?
Cette question n’avait vraisemblablement pas effleuré l’esprit des journalistes composant la meute qui l’entourait. Peut-être le plus dur ne faisait-il que commencer. Il le comprenait maintenant. Jusqu’alors, tout se passait comme il l’avait espéré. Il avait réussi à attirer l’attention, à faire se porter sur lui seul les caméras, les micros et les flashes des médias, prêts apparemment à tout pour obtenir de lui un mot ou un sourire.
Il savait ce qu’il avait à faire. Il ne devait pas se laisser décontenancer. Il avait préparé ce moment depuis longtemps. Il avait revu ses chiffres, répertorié ses arguments, inventorié les exemples les plus poignants ou les plus révoltants. Il s’était même essayé dans l’avion à travailler sa prononciation en face du miroir des toilettes. L’enjeu était simple : tout s’arrêtait là ou bien tout commençait vraiment, sans hypocrisie, sans langue de bois. Cette étrange scène sur le tarmac de l’aérodrome pouvait devenir le point de départ d’une prise de conscience collective, la genèse d’un effort commun, la fondation d’un projet nécessaire et vital. Rien que ça.
Un silence imparfait s’installa. C’est maintenant que tout se jouait.Et probablement était-ce la cause de la sécheresse qu’il ressentait au fond de la gorge. Les questions s’étaient tues et les micros tendus ne l’étaient plus que pour recueillir ses premières paroles spontanées. Il commença son propos :
-« Je suis très fier et très heureux d’être ainsi devant vous. Ce qui m’arrive est vraiment exceptionnel et j’en suis conscient. C’est pourquoi je souhaite profiter de cette occasion pour transmettre un message qui me tient à cœur et qui concerne des milliers de personnes dans la même situation que moi… »
Peut-être était-il déjà trop long… L’attention générale sembla faiblir soudainement. Une sonnerie de portable retentit. Puis une deuxième, une troisième,… Une excitation nouvelle, contagieuse, semblait avoir gagné l’auditoire. Enfin tout bascula. Les caméras, micros et téléphones furent remballés en un clin d’œil, les voitures et camionnettes déboulèrent sur la piste, le matériel fut chargé. Chacun prit la direction de la sortie, une lueur étrange dans le regard : quelle chance finalement d’avoir dû se taper ce reportage. Une conférence de presse exceptionnelle venait d’être annoncée. Elle aurait lieu dans trente minutes à quelques kilomètres de là. Un homme politique de tout premier plan allait enfin présenter sa nouvelle fiancée à la presse. Une aubaine vraiment !
Sans réellement comprendre ce qu’il lui arrivait, il vit les derniers véhicules s’éloigner et constata que personne ne l’entourait plus désormais. Il se retrouvait seul. Coupé au milieu d’une phrase qu’il avait pourtant répétée maintes fois ; une phrase qu’il était fier de prononcer, une phrase qui lui semblait avoir du sens. Après l’étourdissement dû au vacarme, c’était maintenant le silence qui le plongeait dans un état second.
Ses dernières semaines lui revinrent alors en mémoire, lui sautèrent à l’esprit : le casting, les autres candidats, les épreuves fictives, les amourettes scénarisées, les éliminations,… Il s’était inscrit et n’avait tenu que dans l’unique but d’atteindre la mission qu’il s’était fixée : gagner enfin la possibilité de prendre la parole et d’expliquer à tous sa condition ainsi que celle de milliers d’êtres humains ; tenter de faire bouger les choses, d’ébaucher un monde plus ouvert, un monde plus accessible.
Il ne sera finalement peut-être jamais entendu.
C’est seul, avec la gorge serrée et la tête un peu lourde, qu’il se mit à avancer sur la piste déserte. Il progressait lentement. Le gravier crissait sous ses roues.
Il regretta alors d’avoir participé au jeu TV qui battait tous les records d’audience. Il regretta de s’être compromis. Il regretta d’avoir gagné « Je suis handicapé, sortez moi de là. ».
20:29 Publié dans Avant de partir | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01/02/2008
Et si vous étiez en fauteuil roulant... partie 1
Par cet article, je créé une nouvelle rubrique. Celle-ci sera publiée tous les vendredis et reprendra avec humour (tout du moins je l’espère) de petites anecdotes qui animent le quotidien d’une personne en fauteuil roulant.
- Quand vous roulez sur le pied de quelqu’un (sans faire exprès, bien sûr) la personne s’excuse dans 99% des cas. Le plus drôle c’est quand c’est franchement de ma faute. La personne se fait rouler sur le pied par plus de 90 kilos (hé oui mon fauteuil est plus lourd qu’il n’y parait), elle souffre et trouve la force de se fondre en excuses… chapeau
- En descente, le fauteuil file souvent très vite et sans effort. Ce qui une fois a failli me coûter très cher. Je descendais une route de montagne, près de Voss en Norvège, que j’avais monté la veille en taxi et que je trouvais très raide. La descente était donc vertigineuse (tout du moins pour moi) et ma vitesse assez exceptionnelle et je me suis rendu compte au dernier moment que la route était coupée par des rondins en métal qui traversait la chaussée (vous savez ces trucs pour empêcher le bétail de passer). J’ai dû freiner à pleine main, faisant souffrir mes tendons pour m’arrêter juste avant ce piège à « fauteuil roulant ». Si je ne m’étais pas arrêté, c’était au minimum, toutes les dents cassées, voire bien pis.
- A l’entrée des boites les videurs, par compassion ou par pitié, vous font souvent rentrer gratuitement. Je ne m’en plains pas ! Le revers de la médaille c’est quand ceux-ci ne vous font pas du tout rentrer. Cela devient inadmissible lorsque celui-ci (dans un café à Rotterdam) vous dit que vous ne pouvez entrer qu’à la seule condition de laisser votre fauteuil près de la porte et qu’ensuite vous vous démerdez sur vos jambes (histoire véridique que je raconte aujourd’hui avec humour).
20:30 Publié dans Et si vous étiez en fauteuil roulant... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

